Interview de Olivier Bornecque (Président de l’Association Française des Trésoriers d’Entreprise)
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21 avril 2009
Parmi eux on compte 1 000 professionnels issus de 900 entreprises, ainsi que des représentants du secteur bancaire et des prestataires. L’association est aussi présente en province sous forme de délégations régionales.Nos activités s’articulent essentiellement autour de trois axes : publication d’expertises sous forme de cahiers techniques, animation de groupes de discussions et d’échanges entre membres et organisation de journées d’études thématiques en fonction de l’actualité et des priorités du moment (SEPA, systèmes d’information…) L’AFTE se veut également être l’interlocuteur des grandes institutions de place afin d’y représenter les intérêt des trésoriers et de participer aux débats et grandes innovations. Parmi elles, on compte notamment la Fédération bancaire française (FBF), le Ministère des finances, la Commission européenne, le Conseil européen de paiements (EPC) ou les autres associations de trésoriers européennes. En tant que président, mon rôle consiste à représenter et à faire vivre l’association. Par exemple j’ai récemment ouvert l’accès aux étudiants, afin de les sensibiliser les futurs trésoriers à nos travaux.
La fonction trésorerie a beaucoup souffert de la crise actuelle de liquidité. Quels ont été les entreprises les plus touchées ? Comment les trésoriers vivent-ils cette période ?
Malgré les actions du gouvernement et les nombreux recours au Médiateur du crédit, force est de constater que les petites entreprises restent les plus durement affectées. Outre la dégradation des conditions de crédit, on constate notamment un allongement de la durée de traitement des dossiers, pouvant atteindre 6 mois, ce qui leur est difficilement supportable. Les grandes entreprises quant à elles ont moins souffert en ce qui concerne l’accès au crédit, même s’il est moins facile. Elles peuvent en effet mettre en balance d’autres éléments et préserver ainsi le dialogue avec les acteurs bancaires. En revanche, elles sont confrontées à l’augmentation spectaculaire du coût de l’assurance crédit. A ce sujet une étude récente sur les entreprises membres montre que 90% des utilisateurs d’assurance crédit éprouvent actuellement des difficultés liées à ces couvertures.Â
La baisse des indices interbancaires s’est-elle répercutée sur les taux pratiqués par les banques aux entreprises ?
Concernant les marges des banques, elles semblent en augmentation sensible alors que les indices interbancaires (Euribor) sont à la baisse. Il faudra rester attentif à ce point, car si une nette décorrélation apparaît entre l’évolution des conditions de crédit et celle de ces indices, il faudra en conclure que les marges deviennent trop élevées ou bien que ces indices ne reflètent plus la réalité du marché.Â
Quelles seront les conséquences de la crise sur les outils et les pratiques de gestion de trésorerie dans les prochaines années ?
Il est à prévoir que les trésoriers conservent dans un premier temps des lignes de sécurité élevées, peut-être dans les deux ou trois années à venir. Mais ces instruments ont un coût et un assouplissement sera vraisemblablement observé par la suite. Cela dépendra surtout du moment où s’amorcera une véritable sortie de crise. Dans ce mécanisme, les banques auront un rôle à jouer, en répercutant la baisse du coût de la liquidité sur les conditions de crédit. Nous seront particulièrement attentifs sur ce point.
Le virement SEPA est opérationnel depuis janvier 2008 et proposé par un grand nombre de banques européennes. Mais un an après le nombre d’ordres passés reste faible. Cela est-il dû à un retard des projets en entreprise, à manque de mobilisation sur le SEPA, ou à l’offre bancaire sur ces produits ?
En tant que Président de l’AFTE, je suis membre du Comité National SEPA en France. Les trésoriers sont concernés au premier plan par l’évolution des moyens de paiement, car cela implique une mise à niveau technique et organisationnelle qui n’est pas neutre. Les gros consommateurs de prélèvement seront notamment très impactés (énergéticiens, opérateurs télécoms, assureurs…) Il s’agit d’un sujet sensible car des investissements non négligeables sont à prévoir, pour des gains peu visibles à court terme. Il faut bien avoir en tête que moins de 1% des opérations de paiement ont un caractère transfrontalier. Mais c’est, d’une autre manière, ce qu’on disait aussi du passage à l’euro pendant sa mise en place, et qui le regrette aujourd’hui ! Plus globalement, on regrette l’absence de véritable campagne de communication à grande échelle. Cela se ressent avec le niveau d’utilisation encore faible par les entreprises du virement européen (SCT), lancé en janvier 2008. Ce phénomène est également à prévoir pour le lancement du futur prélèvement européen (SDD).
A ce propos, la mise en place du prélèvement SEPA se heurte à des difficultés et la date de lancement de novembre 2009 semble remise en question. Quelle est votre analyse sur ce point ?
Effectivement, un lancement en novembre 2009 semble très difficile. Plusieurs points d’organisation restent encore en suspens à ce jour, notamment sur la gestion des mandats ou sur les commissions interbancaires.
Concernant la gestion des mandats (anciennement autorisation de prélèvement), les Rulesbook SEPA prévoient qu’elle incombe à l’entreprise à l’origine du prélèvement et non à sa banque. La dernière mouture du texte précise que cette dernière ne sera pas tenue d’examiner le mandat en cas de contestation du client prélevé. La valeur ajoutée d’un système de gestion évolué des mandats dans les entreprises (contrôle, archivage, numérisation…) est donc remis en question. Par ailleurs, en cas de prélèvement à tort du client final, les textes prévoient une simple « remise en l’état » de son compte bancaire. Mais imaginez qu’en attendant cette régularisation, celui-ci se retrouve interdit de chéquier ou ne puisse pas régler ses impôts à temps ! Qui assumera les conséquences financières de cette erreur ? Cette question est encore en cours d’instruction à Bercy.
Quant aux commissions interbancaires (commission payée par la banque du donneur d’ordre à la banque du payeur), leur disparition semble programmée. Mais les banques des quatre pays européens qui ont recours à ce mode de tarification, dont la France, s’opposent à cette suppression et cela bloque l’avancée des travaux. Ce point fait l’objet d’un vif débat : l’AFTE milite en faveur de leur suppression, la FBF souhaiterait la voir étendue à toute l’Europe et la Commission européenne affiche des positions parfois divergentes.
Quels éléments pourraient contribuer à débloquer cette situation ?
Sur certains points, l’auto-régulation du SEPA par la communauté bancaire montre ses limites. Une autorité capable d’imposer des choix communs et des jalons fermes aux 31 pays engagés dans le dispositif permettrait de dénouer certains points de blocages.
Pour conclure, quels sont les principaux enjeux pour les trésoriers dans les années à venir ?
Pour bon nombre d’entreprises, la mise en place du SEPA sera une opportunité sans précédent pour remettre à plat les dispositifs de gestion de trésorerie, qui sont traditionnellement peu évolutifs. Il ne sera pas forcément plus coûteux de repenser les systèmes que de chercher à faire évoluer chacun des maillons individuellement, avec les effets en cascade que cela peut supposer. Par ailleurs, l’évolution de la réglementation financière sera un de nos grands points d’attention, notamment sur les aspects liés au contrôle interne. L’enjeu sera d’éviter une « sur-réglementation » qui pourrait rapidement étouffer les moyennes et petites entreprises. Pour cela il faudra trouver un compromis entre un juste niveau de contrôle et la liberté d’entreprendre.
| PARCOURS |
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Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (promotion 1970), Olivier Bornecque dispose d’une longue expérience en gestion de trésorerie, avec la connaissance de nombreuses facettes de la fonction et de son évolution. Après avoir occupé des postes de Trésorier dans plusieurs groupes (SCREG travaux publics, Parfums Yves Saint Laurent, Société Navale et Commerciale Delmas Vieljeux), il rejoint Aviva Gestion d’actifs en 1986 où il occupe aujourd’hui le poste de Directeur de la Gestion de trésorerie. Acteur engagé dans les institutions de place, il devient Administrateur de l’AFTE en 1993 et Président en 2004. Olivier Bornecque est également membre suppléant du CCSF (Comité Consultatif du Secteur Financier), membre du Comité National SEPA et enseignant au CNAM. |
Tags :client, Commission Européenne, conseil, contrôle, crédit, crise, EURIBOR, européen, finance, gestion, information, innovation, liquidité, opérationnel, paiements, réglementation, SEPA, Solvency, tarification, taux, virement
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